Juin 2011

 

Extraits de Sexus  de Miller.

 

La diversité du système défensif que l’être humain est capable d’inventer pour se retrancher est aussi stupéfiante que le sont les mécanismes instinctifs des animaux et des insectes. Les retranchements psychiques eux-mêmes ont leur texture et leur substance, il suffit de pénétrer dans l’enceinte interdite de l’égo pour s’en apercevoir. Les cas les plus difficiles ne sont pas forcément ceux qui se cachent derrière une armure, qu’elle soit de fer, d’acier, de tôle ou de zinc. Pas plus que ne sont difficiles, bien qu’ils offrent une résistance plus tenace, ceux qui se bardent de caoutchouc et qui, mirabile dictu, ont l’air de s’être approprié l’art de vulcaniser les barrières perforées de l’âme. Les cas les plus difficiles sont ceux que j’appellerai les « cossards de type poisson ». Ce sont les égos fluides et solubles qui vivent tapis et immobiles, tels des fœtus , dans le marécage utérin de l’être en stagnation. S’il vous arrive de crever le sac en pensant : ah ! enfin je le tiens – vous verrez qu’il ne vous restera rien dans la main, qu’un peu de morve caillée.

Ceux-là sont les cas qui vous laissent pantois, à mon avis. Ils ressemblent au « poisson soluble » de la métempsychologie dadaïste. Ils poussent sans épine dorsale ; ils fondent à volonté. Le seul élément sur lequel on puisse mettre la main, ce sont les noyaux indissolubles, indestructibles – les germes du mal, si je puis dire. Face à de tels individus, on sent que tout, corps, âme ou esprit, tout n’et que maladie. Ils sont nés pour servir d’illustrations aux pages des manuels. Sans le domaine du psychique, ils sont les monstres gynécologiques qui n’ont d’autre vie que celle du spécimen en bocal dont s’ornent les étagères des laboratoires.

Leur déguisement le plus réussi est la compassion. De quelle tendresse ne sont-ils  capables ? De quelles attentions ! De quelle sympathie touchante ! Mais si l’on pouvait arriver à les surprendre – ne fût-ce que l’espace d’un coup d’œil fluorescent ! – quels jolis petits égomanes ne verrait-on pas. Ils saignent avec tout ce qui saigne dans l’univers – mais vous pouvez toujours attendre : eux ne sont pas près de se disloquer . Au jour de la crucifixion, ils seront là, pour vous tenir la main, étancher votre soif, pleurer comme des vaches saoules …..

 

« C’est toute une discipline que de laisser s’écouler les mots sans les chatouiller avec une plume ou les tourner avec une petite cuillère en argent. Savoir attendre, attendre patiemment, comme un oiseau de proie, même si les mouches vous piquent jusqu’au sang et que les petits oiseaux piaillent comme des fous sous votre chapeau…..

Avant Abraham il y avait……il y avait la Voix, et la Voix accompagnait chaque homme. L’homme n’a jamais manqué de mots. Ce n’est que lorsque l’homme voulut plier les mots à sa volonté que les difficultés sont apparues. »

 

Extraits de lettres de Miller à Durrell.

 

« ……dans le calme,…..vous lisez et vous voyez les traces d’une autre main, celle de Dieu peut-être ou bien la vôtre, qui sait, la main de votre être caché, renfermé. C’est pareil. Car Dieu a besoin de nous autant que nous avons besoin de lui.

……………….lorsque nous arrivons à ce stades, même si cela n’arrive qu’une seule fois, ne devons-nous pas nous sentir châtiés, ne devons nous pas rougir en mettant notre signature au bas du livre ?

……………….Ce que nous mettons sur le papier n’est qu’un pâle imitation, un souvenir fané et affaibli de ces rencontres avec l’esprit silencieux.

 

(Big Sur 1959)

 

« Si vous en avez le courage, allez jusqu’au bout, si amer soit-il, de votre œuvre. Si vous tenez le coup ……n’écrivez que ce qui vous fait envie. Il n’y a rien d’autre à faire, sauf si vous tenez à la célébrité.

Comme de toute façon on vous pissera dessus, commencez donc par dire ce que vous avez à dire.

……………

Le compromis est futile et ne vous satisferait pas. Vous aurez toujurs cent lecteurs, et s’ils ont du goût et du jugement, que pouvez-vous souhaiter de plus. »

 

(Paris été 1936.)

 

Mai 2011

 

J’ai décidé de bien vieillir Badey-Rodriguez Claudine
Albin Michel2009

Voilà une lecture qui m’a vraiment réjouie en cette première quinzaine d’avril 2011.

P68 : Dans la vieillesse, au moment du bilan de sa vie, peuvent ressortir les émotions retenues depuis des années, la culpabilité, la désillusion, les larmes non versées, la colère refoulée. Il est nécessaire de se libérer d’un passé douloureux, de reprendre sa vie en main suffisamment tôt afin de ne pas être confronté, au moment des bilans, aux seuls regrets, aus sempiternels « j’aurais pu », « j’aurais dû ».

P137 : Notre cerveau produit en permanence des images et des représentations, conscientes ou inconscientes qui sont un véhicule privilégié de communication dans le psychosoma. L’imagerie mentale est d’ailleurs utilisée dans la gestion du stress, dans les processus de guérison.

De même, les mots que nous utilisons de façon répétitive dans notre dialogue intérieur (« ça m’épuise », « ça me rend malade »), les qualificatifs que nous nous appliquons (« qu’est-ce que je suis nulle ! », « je n’y arriverai jamais ! ») peuvent finir par engendrer des programmations négatives inconscientes nuisibles à notre bien-êre et à notre santé.

P232 : Une certaine forme de paresse et d’ennui a peut-être à être réhabilitée. Parce que les vrais désirs ont parfois besoin de l’ennui pour émerger, parce que c’est dans l’inactivité et dans une certaine forme de paresse que l’on peut se laisser aller à la contemplation, à la rêverie, à la jouissance de l’instant présent, à la saveur des plaisirs minuscules, et à une plus grande présence à soi-même…Apprendre tout au long de sa vie à jouir de ne rien faire contribue certainement à se préparer à la vieillesse.